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Sauver Badoum

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Il était une fois

Il était une fois, dans une contrée lointaine et chaude, un petit garçon qui s’appelait Dimitri.
Comme ses frères et sœurs, Dimitri vivait dans un village perché sur les hauteurs d’une falaise surplombant la brousse.
En cette période, l’air était sec, la nature avait revêtu ses couleurs or et ocres, les bêtes restaient tranquilles et calmes pour préserver leurs forces.

 

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Ce matin-là, Dimitri s’était levé très tôt. Il eut le privilège de prendre son petit-déjeuner en tête-à-tête avec son papa et de partager avec lui une savoureuse pâte de blé noir.
Il remarqua que son papa avait l’air soucieux et l’interrogea sur ce qui le tracassait.
« Vois-tu, mon fils, l’heure est grave. La nuit dernière, tandis que tu dormais, j’ai croisé des braconniers dans la forêt de baobabs.
- Des braconniers ? questionna Dimitri.
- Oui, des chasseurs si tu préfères.
- Mais nous aussi nous chassons pour nous nourrir, qu’y a t-il de mal à cela ?
C’est que justement, les braconniers ne chassent pas pour se nourrir, mais pour récolter de l’ivoire.
- De l’ivoire ? de quoi s’agit-il ?
- L’ivoire mon fils, c’est ce qui constitue les défenses des éléphants et des rhinocéros.
- Mais comment font les chasseurs pour prendre cet ivoire ? demanda Dimitri.

Son papa hésita un moment avant de lui répondre, mais jugea que son fils était maintenant suffisamment grand pour comprendre.
- Ils les abattent.
Dimitri fit un bon en arrière.
- Comment ça ?! Ils les tuent pour prendre leurs défenses ? Mais ils n’ont pas le droit !
- Tu as raison, mon fils. Mais les braconniers ne respectent pas la nature, ni les animaux. Leurs intérêts sont guidés par l’argent : l’ivoire se vend très cher sur les marchés, en Afrique comme dans le reste du monde.
Dimitri écouta attentivement. Au fond de lui, il était bouleversé par le nouvelle : il s’était en effet lié d’amitié avec Badoum l’éléphant et craignait qu’il ne fût pris pour cible par les chasseurs de la nuit.
Sitôt son père parti travailler, Dimitri fila dans la forêt de baobabs où il savait que Badoum l’éléphant et son troupeau aimaient à se repaître.

« Badoum ! Badoum ! Vous êtes en danger !
- Calme-toi Dimitri, que se passe-il ?
Le petit garçon reprit son souffle.
- Ce sont les braconniers, ils sont venus pour voler votre ivoire !
- Qu’est-ce que tu me racontes là ?
- Mon père les a vus hier soir. Ils vont attendre que la nuit tombe pour vous chasser, vous tuer et s’emparer de vos défenses.

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- Es-tu sûr de ce que tu dis, Dimitri ? C’est important, tu sais.
- Oui, Badoum, malheureusement.
- Si tu dis vrai Dimitri, nous devons nous sauver. Je connais ce genre d’êtres humains. Ils se moquent de savoir que nous sommes de moins en moins nombreux sur la planète. Ils sont sanguinaires et sans pitié, ils nous traquent avec des fusils et de longs couteaux aux lames affûtées.
- Tu veux donc t’enfuir ?
- Oui Dimitri, il n’y a pas d’autre solution. Ce soir, dès que la lune rafraîchira la plaine, j’emmènerai les miens loin d’ici.
- Mais je ne veux pas que tu partes, Badoum, répondit Dimitri en faisant la moue.
- Moi non plus, Dimitri, mais il en va de la survie de mon espèce. Tu comprends ?
- Oui, Badoum, je comprends, acquiesça tristement Dimitri.

Caché sur une branche de baobab, Mongo le petit singe avait observé toute la scène. Plein de ressources et de malice, il avait une idée pour éviter la fuite des éléphants et obliger les braconniers à quitter les lieux.



Mobilisation générale

Mongo la malice organisa une concertation avec Dimitri et Badoum l’éléphant pour leur expliquer son plan : il leur faudrait rallier toutes les énergies de la savane et de la forêt de baobabs, solliciter et utiliser le talent particulier de chaque animal, y compris de leurs ennemis habituels.
L’objectif était de renverser la situation et d’infliger aux braconniers ce qu’eux-mêmes faisaient d’ordinaire subir aux autres : la chasse. Oui, les chasseurs devaient être traqués, poursuivis, effrayés, jusqu’à ce qu’ils prennent définitivement la fuite.

Les trois compères s’affairèrent toute la matinée, allant rendre visite à chacune des espèces d’animaux vivant dans la réserve naturelle pour tenter de les convaincre.
Tous les habitants, lions et gazelles, girafes et crocos, zèbres et guépards, acceptèrent exceptionnellement d’unir leurs forces et de se mobiliser contre les braconniers. Le jeu en valait effectivement la chandelle : il s’agissait de préserver la quiétude et la sérénité de leur coin de paradis.

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Dans l’après-midi, chacun alla se positionner à son poste, sachant exactement ce qu’il aurait à faire. Lorsque le soleil commença à baisser, la plus grande des girafes étira son cou et dressa sa tête au plus haut dans le ciel, traversant presque les nuages. Elle scruta la brousse à des kilomètres à la ronde et bientôt, repéra trois affreux braconniers.
Soudain, elle donna le signal. La chasse aux chasseurs était ouverte.

Et hop ! Une antilope fit un saut au dessus des hautes herbes, puis se cacha.
L’un des braconniers entendit du bruit devant lui, mais n’eut pas le temps de voir quoi que ce soit.
« Suivez-moi, indiqua-t-il aux deux autres. »
Hop hop ! A nouveau, deux gazelles bondirent furtivement, puis se tapirent.
Les chasseurs quittèrent la piste, se laissant guider par le froissement des hautes herbes.
Hop hop hop ! Les gazelles continuèrent à attiser la curiosité malsaine des trois hommes, les attirant un peu plus profondément dans la brousse à chaque cabriole.
Lorsqu’elles les eurent conduit dans une zone marécageuse, elle s’éclipsèrent, ayant rempli leur mission.

Alors, un énorme lion fit entendre derrière les braconniers le plus terrible de tous les rugissements. Les hommes accélérèrent le pas, craignant d’être dévorés, mais le premier d’entre eux trébucha violemment et se retrouva le nez dans la gadoue.
Les crocodiles en effet étaient entrés en scène : dissimulés dans les basses eaux, ils assénaient de puissants coups de queue à ras de terre, fauchant ainsi les trois intrus.

 

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Ceux-ci, effrayés, prirent la fuite à toutes jambes, mais tandis qu’ils couraient, furent attaqués par une nuage d’oiseaux multicolores. Ils reçurent des coups de bec de toutes parts et dans l’affolement, laissèrent tomber leurs fusils.

Totalement démunis et paniqués, ils parvinrent tant bien que mal à s’extraire de la zone marécageuse. Mais les habitants de la savane ne leur laissèrent pas de répit. Tandis que le ciel s’assombrissait, d’assourdissants piétinements retentirent, faisant trembler la terre jusqu’aux confins du continent africain. Pour l’occasion, des milliers de zèbres et de gnous, habitués aux grandes transhumances, s’étaient rassemblés et galopaient dans un gigantesque et tumultueux vacarme.

Dès lors, le plus rapide des félins, Monsieur Guépard, se lança dans un sprint effréné pour rejoindre Dimitri, Badoum l’éléphant et Mongo la malice au pied de leur baobab fétiche :
« Ça y’est, ils arrivent, rabattus par le troupeau d’herbivores, leur cria-t-il. Ils m’ont l’air bien mûrs pour le grand final. A vous de jouer ! »



Le grand final

Dimitri, Badoum et Mongo étaient prêts à recevoir les fuyards, qui ne tardèrent pas à arriver et s’arrêtèrent, à bout de souffle, sous le mastodonte aux milliers de petites feuilles.
La nuit était maintenant complètement tombée. Tous les animaux de la brousse et de la forêt se turent. Un étrange silence s’empara des lieux.

« Que… que se passe-t-il ? bredouilla l’un des chasseurs.
- Je… je ne sais pas, répondit un autre. Ce… ce silence… ce n’est pas normal… »
L’homme se figea sur place. Il venait d’apercevoir une pair d’yeux jaunes luisant dans l’obscurité. Puis une deuxièmes et une troisième. Bientôt, des centaines d’yeux plus terrifiants les uns que les autres brillèrent tout autour des trois hommes. Et soudain :
« Hi hi hi hi hi…. Hein hein hein hein hein… »
Les hyènes s’étaient mêlées à la partie. Elles échangèrent des ricanements moqueurs qui résonnèrent profondément dans la forêt.

Les chasseurs crurent qu’un esprit maléfique s’apprêtait à les attaquer. Ils esquissèrent des pas à reculons, se serrant dos à dos, puis se rapprochèrent du tronc du baobab, comme pour se mettre à l’abri :
« Brrrrrrrrrrrhhh »
Un énorme grondement ébranla l’arbre tout entier. En fait, Badoum l’éléphant s’était caché derrière et usait maintenant de ses puissantes défenses en ivoire pour lui donner vie un instant.

« Cette forêt est maudite ! cria l’un des hommes en filant à vive allure.
- Au secours ! Au secours ! crièrent les deux autres en décampant aussi.
Mongo la malice et les siens firent déferler une pluie de fruits de baobabs, de la taille de beaux melons, sur les trois braconniers qui disparurent à tout jamais dans la nuit.
- Et que l’on ne vous y reprenne plus ! » asséna le petit singe.

Ce soir là, en terre africaine, se tint une amicale et joyeuse fête, réunissant, exceptionnellement, tous les animaux de la brousse et de la forêt : lions et gazelles, girafes et crocos, zèbres et guépards. Et tant d’autres encore.

 


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