Au commencement, Dieu créa la Terre, puis la mer. Ce fut le premier jour.
Il fit la lumière, et sépara le jour de la nuit. Ce fut le deuxième jour.
Il nomma les jours, les mois, les années. Ce fut le troisième jour.
Il planta les arbres et les plantes, puis créa les animaux : les oiseaux, les mammifères, les insectes, les monstres marins. Ce fut le quatrième jour.
Dieu créa Marc le dix-sept juillet mille neuf cent quatre-vingt-six, ce fut le cinquième jour.
Dieu créa Jeanne le treize février mille neuf cent quatre-vingt-quatorze, ce fut le sixième jour.
Il instaura une règle d’or, que tous devaient respecter :
« Tu choisiras l’homme ou la femme de ton choix ; mais si tu es majeur, tu ne regarderas aucun mineur; et si tu es mineur, tu ne regarderas aucun majeur.
Jeanne était très amoureuse de Pierre Carminati, un petit blondinet qui était dans sa classe.
Elle n’était alors qu’en CM2.
Mais Amour, le plus vicieux de tous les sentiments, profita de ce que Jeanne était en vacances pour ensorceler son cœur :
« Marc est très beau, tu ne trouves pas ?
- Mouais, bof ! Moi je préfère les blonds aux yeux bleus. En plus, il a 18 ans, c’est interdit !
- Qu’est-ce qui est interdit ?
- Bah ! De regarder les majeurs.
- Qui est-ce qui a dit ça ?
- C’est Dieu.
- Ma pauvre ! J’ai bien peur que tu aies mal interprété les paroles de notre Créateur :
Tu ne peux pas l’aimer maintenant, car la différence d’âge est trop voyante, mais lorsque tu seras grande, crois-tu vraiment que sept ans et demi d’écart se verront tellement ?
Voyons, personne ne t’interdit d’aimer !
- Ah! Bon ? Je n’avais jamais pensé à ça… mais, je me sens toute drôle… »
Amour envoûta Jeanne. A l’escalier de la piscine ronde de Téranga, Marc discutait avec elle. L’effet fut immédiat : Jeanne ne le quittait pas des yeux, son cœur battait à toute allure
et lorsqu’il lui dit :
« Bon, ben… Salut ! »
Elle se sentit si légère qu’elle se cogna le pied contre une pierre. Elle le regarda s’éloigner avec des yeux si tendres qu’Amour s’en frottait les mains.
Sans le savoir, Jeanne était alors victime du coup de foudre.
Mais quand Dieu trouva la photo de Marc et Jeanne dans le cœur en carton, il éclata dans une colère si noire que lorsque Jeanne fit part à toute sa famille de ses sentiments pour Marc, tous se moquèrent d’elle et elle pleura toute la soirée du réveillon, espérant qu’il l’inviterait à danser sur l’air de « Tajabone » de Ismael Lô. Elle se cacha dans les toilettes pour pleurer, tout en écoutant cette magnifique chanson. Dieu vint la trouver :
« Pourquoi te caches-tu, Jeanne ?
- Parce que je suis humiliée.
- Qui t’a humiliée ?
- Tout le monde.
- Pourquoi ont-ils fait cela ?
- Parce que… »
Jeanne se rendis compte que Dieu l’avait piégée, et elle compris qu’elle était obligée de répondre :
« Parce que je suis amoureuse de Marc.
- Tu m’as désobéi.
- Je sais.
- Ta punition mérite d’être très sévère.
- Je sais.
- La peine maximale... »
En voyant le regard triste et désespéré de Jeanne, Dieu lui accorda d’expliquer les raisons de cette désobéissance :
-Amour s’est joué de moi. Il m’a dit que rien ne m’empêchait de l’aimer maintenant, et d’aller vers lui plus tard.
- Est-ce la vérité ?
- Oui, Seigneur. »
Dieu appela de sa voix grave et autoritaire :
« Amour, viens à moi ! »
Il vint.
« Tu es trop imprévisible : tu peux faire tant le bien que le mal, rendre heureux ou malheureux.
Tu laisses les gens espérer des choses qu’ils ne pourront jamais obtenir ou tu leur apportes ce qu’ils n’espéraient plus. Je te condamne pour ton envoûtement : désormais tu seras méprisé de tous, tu n’iras plus vers les personnes, ce sont eux qui viendront vers toi. Ils t’obtiendront par le mérite car ils t’auront cherché longtemps avant de te trouver. Certains te connaîtront très tôt, d’autres plus tard, mais tu n’auras pas le droit de les aider. Maintenant va ! Cache-toi ! Et ne t’approche pas de Jeanne sans que je t’en aie donné l’ordre ! »
Amour obéit sans discuter, laissant Dieu, seul avec Jeanne :
«Quant à toi, tu aurais dû être plus méfiante! Je te chasse du monde de l’amour, pour que tu comprennes la vie. Tu souffriras peut-être des années entières, mais tu en sortiras sage, et prête pour affronter le monde des grands. En tout cas si tu conserves naïvement les réflexions que tu as en toi, pour sûr: tu oublieras Marc, mais au fond de toi tu l’aimeras toujours, et tu ne ressentiras jamais autant d’amour pour personne que pour lui. Maintenant va ! Fête le nouvel an avec ta famille ! Et ne t’approche pas d’Amour sans que je t’en aie donné l’ordre ! »
Jeanne trouva Dieu cruel, et méchant. Quatre ans passèrent, et Jeanne aimait toujours Marc, ses sentiments ne s’estompaient pas, ils ne s’effaçaient pas… Avait-elle seulement envie de l’oublier ? Dieu lui montra Hugo, puis Blaise, et enfin Kévin. Jeanne fut émerveillée et laissa Marc dans un coin de son cœur, peut-être reviendrait-t-elle le chercher quand elle serait plus grande, et plus mûre. Jeanne compris que Dieu était bon, généreux. Elle compris également qu’il l’avait simplement mise à l’épreuve et que son amour l’empêchait de lui faire plus de mal. Elle admit alors qu’elle avait treize ans et que Marc en avait vingt et un.
Elle ouvrit les yeux et se rendis compte que Marc était trop vieux ;
Et que le bonheur, lui aussi, pouvait avoir son âge.
Dieu vit que Jeanne était bien, il voulut se reposer.
Jane
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